21.11.12

Paris Photo 2012

J'avais, je l'avoue, quelques appréhensions quant à la tendance que révélerait l'édition Paris-Photo de cette année et je m'attendait à ce que la nouvelle direction infléchisse clairement dans le sens de l'Art Contemporain au détriment de celui de la photographie ; ce n'est pas que je sois dans les petits papiers de Julien Frydman mais c'était ce qui se murmurait plus ou moins fort ces temps derniers.

De surcroit, lorsque, A. et moi, nous avons enfin pu nous libérer dimanche, j'avais déjà eu les retours de la moitié de mon entourage et, franchement, ce n'était guère motivant.

Au final, nous avons passé une grosse après-midi à arpenter les allées et même si, sur la fin, ça ressemblait un peu aux trottoirs du Caire, j'ai vu le verre à moitié plein et assez de choses qui m'ont intéressée pour rentrer réjouie.

Ok, il y avait du grand format numérique en couleur.
Mais pas que.
J'ai trouvé aussi de minuscules tirages argentiques en noir et blanc abstraits ; ça m'a rappelé les après-midi que mon galeriste de l'époque Jean-Pierre Lambert passait à me montrer les tirages abstraits de sa collection.
Il a ouvert mon esprit à cette forme de photographie à laquelle je n'avais pas été initiée.
Qu'il soit ici remercié.

Dans l'ensemble, j'ai trouvé qu'il y en avait pour tous les goûts et un peu aussi pour toutes les bourses même si, pour notre part, nos goûts sont visiblement sans lien  aucun avec notre bourse.
A. aurait volontiers ramené le grand Doug & Mike Starn, n'étaient les 72000 dollars qu'en demandait gentiment le galeriste.

J'ai vu ou revu des œuvres vraiment magnifiques et j'ai été touchée maintes fois mais mon coup  de coeur absolu aura été pour les tirages de Jean-Michel Fauquet à la Galerie VU'.

Jean-Michel Fauquet, Sans Titre, 2010
© Jean-Michel Fauquet, courtesy Galerie VU'
Quand je dis coup de cœur, je devrais plutôt dire coup au cœur tellement l'impression ressentie a été saisissante et profonde.
C'est assez difficile à partager ici parce qu'il ne s'agissait pas seulement des images ou du sujet dans l'image mais vraiment en grande partie des tirages ; ça ne m'était jamais arrivé avant d'avoir les larmes aux yeux devant un tirage...

Et là, si vous regardez les repros sur votre écran, ça ne va pas vous éclairer c'est sûr.


19.11.12

Exposition Marie Rameau et Nofound

Il n'aura échappé à personne, j'imagine, que ce week-end était le cœur palpitant d'un mois de novembre consacré à la photographie.
Il y aura eu les héros, ceux qui auront fait Paris-Photo, Photo Off, Offprint, Nofound  - en oublie-je ? -  regardant toutes les images de tous les stands et les autres, dont je suis, qui auront choisi sous peine de risquer l'indigestion.
Les écrits, des plus brillants aux plus mal écrits, foisonnant sur le sujet, par humilité autant que par manque de temps, je vais essayer de faire court.

J'ai commencé mon marathon personnel ce samedi après-midi par une visite amicale à l'exposition* de ma talentueuse consoeur Marie Rameau.
Certains se souviendront peut-être que j'ai acquis l'an dernier une de ses oeuvres exquises et depuis j'avais le grand désir et la curiosité de la rencontrer et de connaitre mieux son travail.
180 tirages étant exposés à la Point Rouge Gallery, je crois pouvoir dire maintenant que c'est chose faite !


Il y a, je trouve, un charme supplémentaire à découvrir que l'artiste ressemble à son œuvre.
C'est le cas de Marie Rameau, elle est, comme ses images, d'une grâce vive à peine teintée de mélancolie qui la rend aimable dès le premier abord et donne envie d'en connaitre davantage.



Les photographies présentées étaient dans la lignée de celle que je possède déjà, très cohérentes entre elles autant par le fond que dans la forme et j'ai dû vraiment me dominer pour ne pas en acheter une poignée supplémentaire.
Légers bémols, à mon avis, quelques redites évitées par un editing plus serré auraient données plus de valeur artistique à l'ensemble et je n'ai pas compris ce qui justifiait le choix des deux seuls portraits serrés.
Par contre, j'ai trouvé très judicieux l'accrochage en "nuage" qui mettait parfaitement en valeur des tirages rendus fragiles par leur taille minuscule et donnait beaucoup de poésie à l'ensemble.


A l'étage, j'ai particulièrement apprécié l'installation sous cloche qui a pour titre Lettres à Jean si je me souviens bien.

A découvrir absolument si l'on est sensible aux choses délicates, comme dirait Sei Shonagon, et à cette forme rare qu'est la photographie sur verre.




Ensuite, il est tard déjà et nous filons à Nofound  - vous savez bien cette foire branchée sise dans un garage - plutôt qu'à Photo Off, un parce que je n'y suis pas allée l'an dernier, monopolisée que j'étais par ma propre présence à Fotofever, et deux parce que je tiens à aller saluer les membres de Wada-Garou, ma galerie de Tokyo, et voir quels sont les artistes qu'ils ont amenés.

Visite assez rapide donc dans ce qui me semble, sur le moment, être une alternative rafraichissante à l'establishment incarné par Paris-Photo.

Les stands et les accrochages à la va-comme-je-te-pousse doivent me rappeler le modeste underground de ma jeunesse, j'imagine.


© Gregor Beltzig
courtesy Galerie Binôme
Deux jours plus tard les seules choses dont je me souviennent clairement sont les petites boites de Gregor Beltzig à la Galerie Binôme *si troublantes, si touchantes qu'il est bien difficile d'en choisir une.

© Gregor Beltzig 
courtesy Galerie Binôme














                                                                       

Celle-ci m'a beaucoup fait rêver par sa délicate cohérence. 


* Paysages silencieux                                                                                
Photographies de Marie Rameau                                                             
Point Rouge Gallery                                                                                                       
4, rue Dahomey                                                                                                       
75011 Paris                                                                                                                          
Exposition jusqu'au 24 novembre 2012            
Du mercredi au samedi de 14h à 19h       
 * Les boites des sentiments
  Réalisations de Gregor Belzig
 Galerie Binôme
   4, rue Charlemagne
  75004 Paris
                                     Exposition jusqu'au 26 janvier 2013
     Mardi-mercredi de 13h à 19h / Jeudi-samedi de 13h à 19h

14.11.12

"Je guette le hasard...

...et je souhaite plus que tout être touchée en même temps que je vise."

Sarah Moon

10.11.12

Nippon-isme à la galerie DA-END

Cet après-midi, avec A. nous honorons la promesse faite hier à Satoshi Saikusa de passer le saluer à l'occasion du vernissage de Nippon-isme à la Galerie DA-END.

Grand bien nous en a pris car c'est pour moi l'occasion de découvrir cet espace hors du commun qui, par son étrange beauté et sa sophistication, ne ressemble en rien aux nombreuses galeries présentes dans le quartier.
Pour ma part, je suis soufflée de surprise en pénétrant dans l'obscurité chocolatée qui sert d'écrin aux photographies et je regrette encore davantage de n'avoir pas pu mu rendre à Tokyo en juillet pour mon vernissage à la galerie Wada-Garou* tant il me semble que j'aurais à apprendre de la culture japonaise.
Espérons que c'est seulement partie remise...
Pour l'heure nous profitons pleinement de la beauté du lieu et des images.
Les œuvres proposées sont d'une grande diversité  et vont des petits formats en noir et blanc de Daido Moriyama  aux grands tirages couleurs de Kimiko Yoshida.

© Satoshi Saïkusa courtesy DA-END

Je suis assez épatée de voir l'amplitude du travail de Satoshi Saikusa qui montre d'un côté de très beaux tirages Fresson de ses portraits d'artistes et d'un autre, dans une sorte de cabinet secret, deux - je ne sais comment les nommer - assemblages de filles nues reconstituées par rondelles épinglées qui me ravissent.


© Satoshi Saïkusa courtesy DA-END









Vraiment, j'invite ceux qui ne connaissent pas encore cette galerie à y faire sans tarder une petite visite.



Nipppon-nisme
exposition du 22 novembre au 28 décembre 2012

DA-END
17 rue Guénégaud
75006 PARIS
Tel +33 (0)1 43 29 48 64

Horaires en temps de pluie :
Du mardi au samedi de 14h à 19h
Fermeture en Août.
Métro Odéon ou Pont-Neuf

* Je signale à ceux qui auraient été conquis l'an dernier que la galerie Wada-Garou sera présente cette année à Nofound - photo fair 2012 - Paris

Anté-Numérique, le vernissage

Donc, vendredi était jour de vernissage pour mes camarades de l'exposition collective Anté-Numérique et moi-même.
J'avoue ici avec plaisir que, même dans les conditions particulières de ce Mois de la Photo où les préviews, les vernissages et les finissages se succèdent et se superposent, c'était une soirée réussie.
Le public était au rendez-vous, présent dès avant l'ouverture et nous quittant fort tard.


La vodka Fair Spirit coulait d'un flot continu empourpré par le jus de cranberry et presque tous les êtres qui me sont chers semblaient s'être donné rendez-vous pour me témoigner leur affection malgré la froidure humide et le peu d'images que je montrais.



Qu'ils en soient ici chaleureusement remerciés,
ainsi que tous ceux qui m'ont écrit leur soutien amical.


Anté-Numérique 
Atelier Tozf
23 Rue Godefroy Cavaignac
75011 Paris
Tel : 01 43 72 41 31
Exposition du 9 au 18 novembre 2012
Entrée libre
Ouvert tous les jours de 12h à 19h

3.11.12

Hötel de Sauroy - Thanks to Luigi Ghirri...

Vendredi soir, après le labo, je me fais pimpante et, avec A., nous filons à l'Hötel de Sauroy pour le vernissage preview de deux expositions collectives qui s'inscrivent dans le cadre du Mois de la Photo, "Le temps des lucioles" et Thanks to Luigi Ghirri à laquelle participe Marco Barbon dont vous avez déjà entendu parler dernièrement ici-même.
J'ai toujours grand plaisir à voir ses images et sa production est assez riche pour que j'en découvre souvent de nouvelles.
Aux murs, une douzaine de photographies de formats variés et toujours la vision délicate et la belle palette qui caractérisent son travail.
J'emporterais bien l'ensemble mais s'il fallait choisir, cette fois-ci, ma préférence irait à un grand tirage (si si) jaune d'or qui représente, sur un fond de tapisserie à motifs, deux petits fauteuils recouverts de velours fleuri de part et d'autre d'une modeste table basse.

                                                       © Marco Barbon


Le tout me va droit au cœur.

Pour comprendre l'origine de mon attachement aux photographies de Marco Barbon, je crois qu' il faut connaitre un peu la genèse de ma dernière série.
Les photos d'Une femme française en Orient, si elles tendant à donner l'illusion d'être les photos-souvenirs d'une femme française voyageant, en un temps indéfini, autour du bassin méditerranéen à la recherche de ce qui lui parait être l'Orient, ne sont en aucun cas mes propres photos-souvenirs ; elles ont été arrachées une à une, le plus souvent dans la douleur à des conditions de vie assez sommaires pour que je souffre de la flagrante dychotomie entre ce que je vivais au quotidien et les images que je souhaitais montrer telles qu'elles sont aujourd'hui.

Les fidèles de ce blog pourraient faire un guide des taudis du Magreb et du Moyen-Orient rien qu'en me relisant et j'ai connu tant de petits fauteuils jaunes que la photo ci-dessus me semble avoir été faite dans ma chambre.

La grâce vient de ce que, ces lieux, cette misère, que je vivais si mal, Marco Barbon, par la tendresse de son regard, m'en montre la touchante beauté et, par là même, il offre un nouveau décor à mes souvenirs.

Ce décor est plus vrai que vrai d'une part parce que sa beauté le rend tel tel que je l'aurais souhaité, d'autre part parce que si les souvenirs s'efface peu à peu, les images restent.
Lorsque je les regarde, ses photos me semblent le making off rêvé de mon propre voyage et le charme est si parfait qu'il fonctionne, par une sorte de système de vase communiquant, même lorsqu'il s'agit de lieux inconnus de moi - comme Asmara - en me donnant l'illusion d'y être allée.

Imaginez si quelqu'un réalisait une fiction de vos souvenirs...
C'est l'impression que j'ai.

Le reste de mes joies va plutôt à l'exposition "Le temps des lucioles" dans l'autre aile de l'hôtel.
Mais j'en parlerai demain. 


Thanks to Luigi Ghirri & Italian Emerging Photography
Luigi Ghirri  & Marco Barbon, Ottavia Castellina, Margherita Cesaretti,
Alessandro Imbriaco, Claudia Pozzoli, Susanna Pozzoli
Commissaire Laura Serani

Hôtel de Sauroy 
58 rue Charlot – Paris 75003
3 novembre – 1er décembre 2012 
mardi-mercredi-vendredi-samedi et dimanche 14.00 – 19.00 h
jeudi 14.00 – 21.00 h

2.11.12

Noël en novembre

Depuis hier, je suis l'heureuse détentrice d'un superbe tirage de Marco Barbon.
J'imagine que c'est un des grands privilèges de l'artiste que de pouvoir monter une petite collection sur la base d'échanges avec des confrères ou consœurs.
Je me souviens que choisir UNE image dans cette œuvre riche et vaste avait été un dilemme presque racinien !

  Au final, je me suis décidée pour cette photo issue de la série Asmara Dream.

                                                                       © Marco Barbon
                                                                                                                                               
Lundi, je fonce chez l'encadreur.

Aux plus curieux d'entre vous, je signale que des photographies de Marco Barbon seront visibles à l'Hôtel de Sauroy, dans le cadre du Mois de la Photo, du 3 novembre au 1er décembre 2012.

1.11.12

Merci à Videocomedia

En ce jour des morts,
tel le Phoenix,
rené de ses cendres,
   robe légère,
photos inédites,

31.10.12

Corinne Mercadier à la Galerie Les Filles du Calvaire

Grâce à ma copine-élève Sandrine Z. hier soir, pour A. et moi, c'est vernissage de la nouvelle exposition de Corinne Mercadier.
Ou "quelle issue possible lorsqu'on n'a plus de polas dans son frigo ?".

En partant, j'achète son livre "Corinne Mercadier" chez Filigranes Éditions pour la bibliothèque de l'Atelier.



Devant un champ obscur
dans le cadre du Mois de la Photo à Paris
Galerie Les Filles du Calvaire
75003 Paris

Exposition du 31 octobre au 1er décembre 2012

26.10.12

Exposition Deborah Turbeville à la galerie Serge Aboukrat

C'est le cadeau que je me suis fait à moi-même cette semaine, aller voir l'exposition de Deborah Turbeville à la galerie Serge Aboukrat.
Je suis une admiratrice fervente de son travail mais je ne le connaissais qu'au travers des livres - sa dernière exposition en France remontant à une vingtaine d'année, je crois - je n'avais jamais vu de tirages.

On n'imagine pas un lieu, un galeriste, je devrais dire un hôte, mieux appropriés pour recevoir ces images.

Une soixante de photographies de toutes tailles et de toutes sortes, oniriques, mystérieuses et servies par cet accrochage en mosaïque si cohérent dans cette galerie-boudoir ; l'ensemble m'a saisie au cœur tant il révèle de l'auteur.

Des épingles, des bandes de scotch, des cadres sans verres où baillent des tirages magnifiques barrés par la signature, des cadres sans tirages, comme autant de signes de la présence de l'artiste en  son absence.

A. et moi, nous nous agenouillons volontiers pour découvrir les images les plus basses.
Nous repartons enchantés et conquis.


Mon plaisir a été décuplé, je le confesse, par l'accueil et certainement la personnalité même de Serge Aboukrat qui nous a reçu avec autant de grâce, de disponibilité et de courtoisie que si nous étions attendus chez lui.
Et, c'est assez rare pour le signaler, ne semble même pas déçu lorsqu'il apprend que je suis photographe et non pas l’acheteuse potentielle dont rêve tout galeriste - ou s'il l'est le cache c'est avec une élégance charmante.


De surcroît, en tant que photographe, j'envie à Déborah Turbeville un galeriste qui accueille sa créativité de d'artiste à bras ouverts, si j'ose dire.

Une exposition à ne pas manquer en cette rentrée très riche.


Mois de la Photographie

Unseen Versailles 
Photographies de Deborah Turbeville 

Galerie Serge Aboukrat
7, place Furstenberg 
75006 Paris

Exposition du 17 octobre au 31 janvier 2012

25.10.12

Anté-Numérique - Exposition vente à l'Atelier Tozf

A l’occasion de Paris Photo, le Studio TOZF organise Anté-Numérique, une expo-vente en collaboration avec les laboratoires les plus prestigieux de Paris et d’ailleurs.
Le thème de cette exposition portera sur les tirages photographiques traditionnels et alternatifs.
Alternatifs


Alternative
J'aime bien cette idée d'un autre possible.
Tandis que certains - suivez mon regard - tentent de nous convaincre que "hors du grand tirage numérique en couleurs" il n'y point de salut, il est bon aussi de voir qu'un lieu aussi réputé que l'Atelier Tozf prend la peine d'organiser une exposition parfaitement à contre-courant de cette tendance hégémonique.
Ceux qui me connaissent comprendront facilement combien je suis reconnaissante à mon galeriste Jean-Pierre Haie de m'avoir choisie pour représenter Demi-Teinte.

En complément, je vous livre le très beau texte de Didier Brousse :

La photographie est, de façon primordiale, une «sun picture», comme le disait Fox Talbot, l’un de ses inventeurs. Une image formée par la lumière, dans un piège optique (la camera obscura) et chimique (les sels d’argent développés et fixés). Ce qui nous fascine dans ce piège, c’est son autonomie (The Pencil of Nature :la nature se peint elle même), la maîtrise de l’image nous échappe, et quelque chose de la vérité, de l’âme des choses, est ici enfermée.
Cette absence de maîtrise est un piège délicieux, qui permet à quelque chose de plus grand que ce que nous imaginions de se manifester. Un mystère.
Le numérique nous permet un contrôle de l’image que nous pouvons retravailler à notre fantaisie. C’est ce que l’on appelle, je pense, de l’art graphique. Ce n’est plus tout à fait de la photographie, de la «Sun Picture».
Les tireurs qui travaillent avec leurs mains en coquille sous les rayons de l’agrandisseur pour retenir et brûler, puis plongent dans le révélateur, agitent, chauffent les blancs qui tardent à monter, sont les acteurs d’un théâtre où l’on ne rejoue jamais deux fois le même texte avec le même succès.
L’image est là. Avec ses qualités toujours incertaines. Qu’il faut laisser mûrir.
Quel délice lorsqu’on la revoie après les années passées.
Car c’est une chose étrange : on ne sait pas ce qu’est la perfection. On essaie d’y atteindre, et, lorsqu’on travaille sur un tirage, on est sensible à des détails minuscules de lumière, que l’on ne discerne plus le lendemain. Mais cette quête menée à tâtons tire sans doute vers une certaine excellence, car, oui, les années passées, il arrive qu’on admire sa propre besogne.
J’ai beaucoup tiré. Je connais l’intimité avec une image que cela procure. Aussi forte parfois que celle du photographe.
Mais il faut avoir mis les mains dans les rayons de lumière et dans la chimie. Sinon, on ne voit rien. Ou on se laisse prendre aux apparences trop immédiates, que l’on n’a pas eu le temps et la chance de voir naître au fil des minutes dans la pénombre.
La technique d’impression numérique peut approcher, dépasser peut être cette qualité. Peu importe. Le décisif, le vivant, c’est la non maîtrise et l’incertitude, qui laissent une chance au monde des choses visibles d’exister dans nos images.
                                                                                                 
Didier Brousse (Galerie Camera Obscura)
Septembre 2012
Anté-Numérique 

Atelier Tozf
23 Rue Godefroy Cavaignac
75011 Paris
Tel : 01 43 72 41 31

Vernissage le 9 novembre à partir de 17h 
Exposition du 9 au 18 novembre 2012
Entrée libre
Ouvert tous les jours, dimanche inclus, de 12h à 19h




24.10.12

Lecture de portfolio - Mon dernier coup de coeur

En lecture de portfolios, on est amené à regarder - et c'est bien heureux - des travaux extrêmement différents. 
Le challenge pour l'expert est, à mon avis, de s'extraire assez de ses propres goûts, de se mettre dans une position d'ouverture qui lui permette de regarder les images présentées plutôt dans la compréhension de ce qui a été tenté par le photographe que dans le jugement.
Je ne regarde pas les photos d'un même oeil si je visite une exposition ou une foire pour mon propre compte, que si je fais la même visite dans un but pédagogique ou lorsque je suis en entretien avec un photographe qui vient me montrer un travail en cours.
Dans ce dernier cas, tout mon être est tendu vers ce que j'espère pouvoir apporter d'enrichissant à une personne qui m'a fait confiance.

Parfois, il arrive que le travail présenté touche ma particulièrement ma sensibilité et soit tel que je l'aurais remarqué dans d'autres circonstances, si je l'avais vu dans une foire par exemple.
C'est assez rare mais c'est  toujours un plus grand bonheur pour moi d'être amenée à encourager, à soutenir l'auteur dans son projet dans ces cas là.

Mon dernier coup de cœur aura été pour Près du passé luisant, demain est incolore de Valérie Loiret-Brunissen, une série très fitzgeraldienne qui s'attache à saisir avec toute la délicatesse que cela nécessite forcément et je la cite pour ne pas la trahir "en un moment tremblant la beauté de ce qui a été, et qui n'affleure qu'en un instant de grâce avant de s'évanouir à nouveau."

© Valérie Loiret-Brunissen

 J'invite chaleureusement les plus curieux d'entre vous à aller découvrir en avant-première un extrait de cette série à la Mairie du 11ème à Paris jusqu'au 28 octobre.*

*Salon de la Photographie
Mairie du 11ème
Salle Olympe de Gouges
15, rue Merlin
75011 Paris
M° Voltaire  - Père Lachaise
Du 20 au 28 octobre 2012 de 12h à 19h

20.10.12

De l'aéroport de Naples


Que le lecteur se montre clément et me permette de résumer en quelques lignes notre séjour sur la côté amalfitaine.
Le verre à moitié vide :

J'ai trouvé - et ça n'engage que moi - la région affreusement surfaite, les prix pratiqués (3€ de l'heure pour le parking, 5€ pour un caffè con panna) exorbitants au vu des prestations et les contraintes imposées par la géographie des lieux, à savoir des heures et des heures de voiture sur une route infernale peu en rapport avec le plaisir éprouvé à l'arrivée.
Seule exception à mes yeux, Ravello mais j'imagine qu'on doit trouver sans peine quelques belles villas avec jardin et fontaine en cherchant un peu du côté de la Toscane.
 

Mon conseil donc, si vous voulez voir de la montagne se jetant dans une mer turquoise, économisez-vous, allez en Corse et si vous voulez à tout prix manger italien, optez plutôt pour Naples ; en prime vous aurez le Vésuve sous les yeux toute la journée.
Quant à Ravello, j'ai vu toutefois qu'on pouvait y parvenir en hélicoptère directement dans les jardins de l’Hôtel Cimbrone ; à mon avis, c'est encore le mieux.

Le verre à moitié plein :


Après avoir risqué nos misérables existences sur leur route mortelle jusqu'à satiété, nous avons pris un hôtel sur les hauteurs de Sorrente avec vue sur le Golfe de Naples, classique premier plan de pins parasols et passé nos journées en maillots au solarium à lire (Dolce Vita 1959-1979 de Simonetta Greggio), à écrire et à peindre de petites aquarelles sans prétention.


Le soir, une voiture venait nous prendre, nous amenait au restaurant et nous en ramenait.

J'entends d'ici les ricanements :
"On s'en fiche de ses vacances et la photographie dans tout ça ?"
Réflexions d'aveugles.

La photographie ? Elle est entre les lignes ; comme là-bas, bien difficile à entrevoir dans ce pays de randonnée pour moi qui ne suis pas précisément une photographe de paysage.
De ma fenêtre, je regarde chaque matin la brume se lever sur la montagne proche et chaque après-midi j'arpente des villages aux rues emplies de céramiques répétitives.
Je pourrais aussi bien laisser le boîtier au fond de ma valise pour ce qu'il me sert.
Et le soir avant de m'endormir, je me ressasse la petite phrase de mon pote JML qui en revenait lorsque nous partions "Dans les villages ?...heu...il n'y a rien a voir..."
Avant de nous mettre en "vacances" j'ai travaillé pourtant et du mieux que j'ai pu.


Souvent, je dis à mes élèves, ne vous inquiétez pas, il y a toujours une période délicate lorsqu'on a fini une série et qu'on en commence une autre ; on quitte quelque chose de connu et de réalisé qui nous sécurise pour l'inconnu - au mieux c'est inconfortable, au pire c'est vraiment difficile.

Je n'irais pas jusqu'à dire que c'était vraiment difficile mais...

9.10.12

Un brin de résistance

Hier, pour lutter contre la grisaille ambiante - ou est-ce contre l'hégémonie du grand tirage numérique couleur qui semble nous menacer ? -  A. m'offre une petite boite de papier Crumière.

???
Je veux dire une boite pleine.
Même pas ouverte.
100 feuilles.
Brillant.
6x9
Spécial contraste.
2 euros.
!!! 


Oui, un papier qui date de 1930 à la louche.
Je suis tout de suite d'humeur charmante.
 Surtout en lisant que le temps de pose sera entre 2 et 3 secondes si j'utilise 16 bougies pour l'insolation.

Aujourd'hui, faute d'avoir eu le temps de me procurer deux chandeliers à huit branches, pardon de vous  décevoir mais j'ai fourré tout ça sous l' agrandisseur.
Après quelques tests - que des gris, que des blancs - j'ai fini par opter pour un développement en deux bains, révélateur 1 Warm Tone de Téténal augmenté de 5g de benzotriazol par litre (1mn30) suivi du révélateur 2 nature (1mn30).
Je livre ça sans prétention et pour ce que ça vaut  mais le résultat m'a bien convenu.
Je ne dirait pas que ça a fait venir des blancs ( comme je tire sans blancs ces temps derniers, je n'ai pas été dépaysée ) par contre j'ai de beaux noirs.
J'ai choisi une petite série d'images de Pompei et d'ailleurs, je trouve le résultat très attachant, on dirait le journal d'Une femme française en Orient...


C'est un moment bien agréable ; du coup, nous décidons de rester dormir à l'atelier...