18.5.12

C'est plutôt étrange.

Il ne faudrait pas croire que c'est triste.
C'est plutôt étrange.

Depuis 2007, j'arpente les pays du sud du bassin méditerranéen - et il se trouve aussi que ce sont des pays musulmans, on ne peut pas l'occulter - à la recherche de quelques traces réelles ou fictives.
Je m'y suis consacrée avec enthousiasme et du mieux que je pouvais.
Quatre ans c'est un temps honnête pour une série, il me semble.
J'avoue que parfois je me suis demandé ce que j'allais faire "après".
Avec la légère appréhension,inavouable, que peut-être "après" je ne ferai plus rien, que je n'aurai plus rien à dire.
Je n'avais jamais envisagé que la fin d'un désir laisserait assez de place pour voir s'épanouir le suivant, ce qui est pourtant, au fond, assez naturel.

Et puisque c'est le cas, pourquoi s'en désoler, au nom de quelle idée rigide s'obstiner quand le désir n'est plus là, pourquoi plutôt ne pas accueillir avec joie ce qui se présente ?
Je pense à mes dernières petites images comme un possible fragile et précieux.

Photo : A.
Pour le reste, j'ai photographié tant de mosquées, de palmiers, de ruelles désertes que mon coeur, mes yeux en sont lassés.
J'ai un grand désir d'autre chose et ce n'est pas d'hier.
Et ce n'est pas sans rapport avec ma place de femme dans ces pays, avec la place laissée au corps, avec l'idée d'être l'étrangère.

Passés quelques moments de culpabilités - puisque je suis partie, sous-entendu aussi avec ce que ça nous coûte, il faudrait que je ramène des photos* - je suis heureuse d'avoir le loisir de regarder se faire les choses en moi, d'avoir justement du temps pour essayer d'analyser un peu ce processus créatif qui se révolte et que l'art soit une chose si sensible, si profondément ancrée, que ce que l'on a vu hier, que l'on a photographié, a disparu aujourd'hui quand bien même on se retrouve debout devant le motif.

Je vais travailler en "chougnant" chaque jour, je traîne des pieds, je regarde des heures sans voir et quelque part ça m'amuse et ça me rassure.
La preuve répétée chaque matin de mon intégrité intacte.


Naturellement, comme lorsqu'un couple se sépare - parfois encore quelques échos du passé, une tendresse pour ce qui a été - je retrouve ici ou là une émotion, plus exactement il me semble, le souvenir d'une émotion et je tente une dernière image.

On ne se quitte pas comme ça, du jour au lendemain.

*Il est assez singulier de constater que - Une femme française en Orient étant carré en NB - je "vois" parfaitement rectangulaire et en couleurs ; travailler pour Afrik.com me donnant une joie enfantine.

2 commentaires:

  1. Très bel article... Je ne vais pas te citer non plus mais... Voilà, c'est dit. De jolis mots.

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  2. Rapporté à l'échelle du temps, on ne se connait pas depuis si longtemps que cela.
    Voici quelques années que j'apprends à te découvrir, toi, ton travail, ta vie, que j'entrevois de-ci de-là quelques instants fugaces de cette femme française errant en quête d'un orient qui n'est plus, avec la nostalgie d'une époque où des aventureux partaient telle une caravane armée de kilos de matériel, avec pour vague objectif de ramener des plaques de verre de lieux encore vierges d'imagerie.
    Plusieurs de vos voyages déjà que je vis par procuration à travers les lignes et vignettes de tes blogs, puis que je vois transcendés dans différents accrochages.
    Alors c'est émouvant, émouvant de voir et de sentir ce lent aboutissement d'une série et d'une exploration intérieure, émouvant de sentir les interrogations sur l'après, et de percevoir quelques bribes de cette transition à distance.

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